Comment changer les choses quand on n'a pas le pouvoir ?

On a tous voulu faire passer une idée sans y parvenir que ce soit en entreprise ou dans notre vie en générale.

On préfère souvent repousser les choses quitte à les garder en nous des mois. Pourtant, on sait que ce n’est pas comme cela que l’on va avancer. Pire, on se sent de plus en plus frustré. 

Mais comment faire dans ce type de situation ?

Pour répondre à cette question, nous allons tout d’abord voir quelques principes pour se lancer. Ils vont nous aider à comprendre comment fonctionnent nos cerveaux et nous donner des clefs à appliquer dans un combat d’idée.

Ensuite, nous verrons comment passer à l’action et comment s’en sortir dans un combat d’idée.

Enfin, nous pourrons en tirer des apprentissages qui nous aideront au quotidien à nous affirmer et à nous faire respecter. 

Les grands principes

  1. Choisir l’idée et l’objectif

Quand on souhaite faire passer une idée, on doit dans un premier temps savoir quelle idée on veut faire passer. Il est indispensable de savoir le sujet sur lequel on veut orienter la discussion. 

Est-ce que c’est un changement d’opinion de notre adversaire ? Est-ce que c’est la mise en place d’une nouvelle pratique ?

Si notre idée n’est pas claire dès le début, c’est le meilleur moyen de ne pas arriver à faire passer notre message et que rien ne change. Si on se trompe d’idée, on a d’ores et déjà perdu notre combat. 

Au moment de choisir notre idée, il faut être lucide et se connaître. On doit en choisir une qui est à notre taille.

De plus, la posture que l’on va adopter face à notre adversaire est primordiale.

On doit alors se poser la question :

Est-ce que je joue pour gagner ou est-ce que joue pour ne pas perdre ?

Qu’est-ce qu’on entend par là ?

Prenons comme exemple, un match de foot : 

Quand on décide de jouer pour ne pas prendre de but ou jouer pour marquer des buts, on n’est pas dans le même état d’esprit.

On ne peut pas gagner un match si on joue la défense. Pour gagner, il faut jouer en attaque.

C’est exactement la même chose quand on veut faire passer une idée.

Si on est passif dans notre combat, on ne pourra pas gagner. On va seulement répondre à notre adversaire et il aura alors le dessus car c’est lui qui mènera la discussion.

C’est pourquoi, on doit avoir définit notre objectif.

On ne part pas au combat pour une idée qui n’est pas aboutie. On doit être solide et convaincu sinon l’adversaire détruira notre idée trop facilement. 

  1. Ne pas définir un plan trop précis mais choisir son objectif 

Les plans n’ont jamais permis de gagner. 

A l’école, on nous apprend le mythe du chemin parfait. Mais il n’y pas de chemin parfait. Le plan et le chemin parfait sont des illusions.

Il n’y a pas de chemin, le chemin se forge au fur à mesure que vous marchez

Le fait de nous donner un objectif et non un plan précis, nous permet de savoir où l’on veut aller. Ce sera notre intelligence qui nous aidera à trouver des solutions pour y parvenir. 

Lorsqu’un plan est trop précis, on se sait plus comment réagir face à la moindre embûche.

Attention, quand on dit de ne pas faire de plan. Cela ne signifie pas de ne pas avoir d’objectif. Il est fondamental de savoir où on va. Mais c’est secondaire de savoir comment on va y aller.

Et malheureusement, dans un combat, rien ne se passe comme on l’avait prévu.

Il faut donc être prêt à réagir en fonction de ce qu’il se passe et non en fonction d’un plan définit à l’avance. Si on a bien défini notre objectif, il devient plus simple de réagir au fur et à mesure.

Exemple : 

Mon objectif : partir à Berlin 

Mon plan : prendre l’avion

Événement non prévu : une grève sur les avions

Réaction 1 en fonction du plan : je ne peux pas aller à Berlin

Réaction 2 en fonction de l’objectif : ce n’est pas grave, je peux y aller en train, en car ou en voiture.

Chaque petite victoire est importante !

Avant de penser à un plan trop grand, il faut penser à la première marche, puis à la deuxième etc.

On a besoin d’avoir de petites victoires pour réussir notre combat. Il faut voir grand mais commencer petit.

Une fois que l’on est sûr de ce que l’on veut : le chemin est clair.

  1. Il est impossible de penser puis d’agir

Et oui, le temps ne s’arrête pas pour nous. Pendant que l’on réfléchit à toutes les solutions possibles, les autres ne nous attendent pas et avancent. 

Il est toujours mieux de faire quelque chose d’imparfait que de ne rien faire du tout.

On reste souvent bloqué dans l’inaction et dans dans le “si je fais ça …” car on se pose trop de questions avant d’agir.

On doit agir sans réfléchir à un plan pendant des mois. 

  1. La confrontation n’est pas forcément frontale

Quand on parle de combat d’idée, on imagine souvent un combat de karaté, qui est un sport de percussion. 

Alors que l’on peut utiliser le judo, qui est un sport utilisant la surprise et la force de l’adversaire. 

Si on veut gagner contre quelqu’un de plus fort. On est obligé de le contourner.

  1. Ne pas avoir peur de changer les choses

Un ennemi n’est pas forcément une personne, cela peut être une idée ou une façon de faire.

On ne se lance pas dans un combat sans un ennemi d’où la nécessité d’en désigner un.

90% des gens ont peur du conflit alors que c’est incontournable. Le fait de vouloir faire changer les choses est un conflit en soi car on déteste le changement.

Face à un changement, tout le monde à la même réaction : “chez moi c’est différent” “chez moi c’est impossible”.

Pourtant ce qui nous fait peur dans le changement est, la plupart du temps, imaginaire.

C’est tout simplement que ce n’est jamais agréable de subir un changement car on doit modifier notre routine.

Comme le changement est désagréable, on va forcément déranger. Si on ne dérange personne, c’est soit que personne ne nous entends soit qu’on ne change rien soit qu’on ne nous comprend pas.

Si on délivre notre pensée de manière claire, il y aura toujours quelqu’un pour s’y opposer.

  1. Viser une audience à la fois ou surtout un combat à la fois

Il ne faut pas se battre contre pleins de sujets à la fois.

Le plus simple est d’avoir un seul objectif et de s’y tenir.

Comme on le disait plus haut, le changement est difficile. Si on change trop de choses à la fois, on risque de faire vraiment trop peur et donc de braquer encore plus notre adversaire.

Il faut mieux y aller au fur et à mesure. 

De plus, une fois de plus, ce sont les petites victoires qui nous font avancer.

Si on échoue notre combat sur plusieurs idées, on aura moins de courage pour tenter à nouveau.

  1. Rester flexible

Dans un combat, rien ne sert d’être trop strict et de ne jamais déroger à ce que l’on imaginait. 

Si on accule notre adversaire, il n’y aura pas de victoire.

Il faut toujours laisser une porte de sortie.

De plus, être flexible signifie aussi d’être capable de changer de plan à tout même. D’où l’intérêt de ne pas établir un plan précis de A à Z et de s’obliger à s’y tenir.

L’important est de pouvoir rebondir à tout instant afin de reprendre l’avantage.

Ce que l’on peut faire 

  1. Faire ce que l’on peut avec les cartes que l’on a

Qui ne s’est jamais dit :

si j’avais ceci je pourrais faire cela ?

Pourtant, on a ce que l’on a et rien d’autre.

On n’a pas le choix. On doit agir en fonction des cartes que l’on a en main. Et faire ce que l’on peut avec ce que l’on a.

Une astuce pour repérer quand on part sur le mauvais chemin :

Quand on se dit “oui mais” c’est ce que l’on est en train de fantasmer sur ce que l’on aurait pu avoir.

Le plus dur est de fixer notre propre volonté.

  1. Renverser la table est indispensable

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Si c’est la personne que l’on cherche à convaincre qui définit les termes de la conversation, on a perdu d’avance. 

C’est à nous de définir les termes de la conversation. 

On ne doit jamais lâcher là-dessus. 

Voici un exemple pour expliquer comment renverser la table  :

Est-ce que tu arrêté de battre ta femme ?

Que l’on réponde oui ou non, on est fautif.

On ne peut pas répondre à cette question de manière positive. Il faut donc dénoncer la tactique, faire de l’humour ou se mettre en colère

Quand Trump dit qu’on veut élire quelqu’un qui n’est pas un “insider”, Clinton s’assied à sa table et répond “y’a pas plus outsider que la première femme présidente des USA.

Mauvaise tactique. Elle a passé des années à la maison blanche, en tant que première dame et en tant que secrétaire d’état

Obama, renverse la table en disant : dans la vie quand on veut un médecin on demande pas un “outsider”, on veut quelqu’un qui a son diplôme. Ne pas savoir ce que l’on raconte n’est pas un avantage, même en politique.

  1. Ne pas livrer un combat fair play

On ne rentre en guerre que si les autres solutions ont échouées.

Si on peut “tuer dans le dos, on tue dans le dos”. 

Exemple : On veut introduire les entretiens structurés dans son entreprise.

Au lieu de convaincre directement notre manager de l’utilité de cette méthode. On peut aller voir chacun de nos collègues et les amener à se positionner sur le sujet (et à être d’accord avec nous).

C’est une fois que toute ces personnes sont convaincues que l’on peut aller arriver à imposer notre idée auprès du manager.

On a aucune raison de rentrer dans une guerre équitable.

Le livre L’art de la guerre nous cet enseignement : 

Si on arrive à encercler l’ennemi on peut y aller. On ne doit jamais attaquer lorsqu’on est 50 personnes contre 50 autres. Pourquoi ? Car si on est à 50-50, c’est que l’on a déjà échoué. 

  1. définir les termes de la conversation

Si on veut affronter quelqu’un, il faut l’amener sur notre terrain et non le sien. 

La communication est un point très important dans un combat d’idée. Pour y parvenir, une bonne solution est de trouver un point commun entre notre expérience et l’expérience des autres. 

On peut par exemple se raccrocher à quelque chose que l’on a en commun. Cela demande de l’empathie et de l’écoute.

Si on trouve la valeur principale de l’autre et que l’on s’en sert dans notre façon de lui parler et de lui faire passer notre message, on a beaucoup plus de chance de réussir. 

Par exemple, si on doit parler à notre manager pour le convaincre de l’intérêt du recrutement, on doit lui parler dans une langue qu’il connaît : la langue du business :

Le fait de ne pas recruter ou de rater un recrutement peut coûter 80K€

Tu vois bien que les commerciaux ont un impact direct sur le business, c’est exactement la même chose pour le recrutement

Quand on parle avec notre jargon du recrutement à un manager ce n’est pas efficace. 

Si on lui parle d’entretien structuré cela ne lui parle pas. On peut alors lui parler d’une méthode d’entretien efficace qui marche pour telle et telle raison.

Changer notre lexique nous permet de changer le rapport des gens à notre fonction et de leur faire comprendre de quoi on parle.

  1. Obtenir de l’attention 

On gagne rarement un combat d’idée en une discussion. Il faut donc se préparer à se battre dans la durée et à répéter notre message autant qu’il le faut.

Quand on répète un message il finit par rentrer. 

Quelques apprentissages

  1. Gagner est plus important que d’avoir raison

Le moyen n’est pas plus important que la fin. Et le moyen n’est pas la fin. 

Souvent les gens critiquent les moyens utilisés pour atteindre un objectif mais ce qu’ils veulent critiquer c’est la cause.

Il faut savoir que peu importe ce que l’on veut changer, on va se heurter au statu quo et c’est normal.

L’inertie est telle que c’est dur de changer les choses. Il faut donc avoir du courage.

  1. Le courage n’est pas une option

Si tu ne communiques pas, tu n’existes pas

On se dit souvent qu’il suffit de bien travailler pour être reconnu. C’est faux.

Faire savoir ce que l’on fait est plus important que de savoir faire.

Dans n’importe quel poste, une partie de notre job est de faire savoir ce que l’on fait aux autres. 

On doit développer cet art de faire savoir car ce n’est pas être un escroc de faire savoir. Si les gens ne savent pas ce que l’on fait, on n’existe pas. Ou pire, ils vont se demander ce que l’on fait et peut-être même penser que l’on ne fait rien.

La plupart des combats d’idées échoue car on manque de courage. Et non pas parce que l’idée était mauvaise.

Quand on échoue c’est très souvent car la personne d’en face a plus de courage que nous. 

  1. “Le respect ne se demande pas, le respect se prend”

Par principe, on n’implore pas un respect. 

On oublie souvent que les gens qui nous apprécient parce que l’on est docile, ne nous respectent pas.

Le fait de s’écraser toujours plus ne permet pas d’être respecté. 

On doit accepter que le fait de monter au créneau et de ne pas se laisser faire va faire que l’on va prendre des coups.

On dit souvent

qui veut la paix prépare la guerre

Cela veut dire qu’il faut se préparer.

Si notre adversaire sent qu’on s’est préparé à la guerre, on nous attaque moins. Et on est donc pas obligé de rentrer en guerre.

Pour en revenir au courage, il permet de ne pas infantiliser les gens et de ne pas s’infantiliser. On doit dire clairement ce que l’on pense pour pouvoir faire avancer les choses.

Quand on a peur de froisser les gens et qu’on ne leur dit pas les choses, c’est aussi les infantiliser. Et c’est aussi s’infantiliser soi-même

  1. Fuir le conflit rend fragile

Plus on fuit les conflits, plus on sera vulnérable le jour où il y en aura un. 

Le plus souvent, quand on fuit un conflit, cela nous amène à parler des gens dans leur dos au lieu de leur parler directement. Et le fait de fuir une discussion est souvent le problème.

En effet, plus on fuit la discussion, plus on emmagasine de la rancoeur et ce sera dramatique le jour où on décide d’en parler.

  1. On n’est pas une victime impuissante

On est responsable de ce qui nous arrive. Ce n’est pas forcément de notre faute mais on est responsable de l’impact qu’on lui accorde sur nous-même.

Notre but est de toujours être responsable : “qu’est-ce que je peux faire avec les cartes que j’ai ?” Il ne faut pas se dire qu’on n’y peut rien et que rien ne pourra changer. 

On peut toujours faire quelque chose. 

On a toujours le choix. 

Cela ne veut pas dire que le choix est facile mais personne ne peut nous obliger à faire quelque chose.

Même les dictatures sont consenties. Aucun dictateur ne devient dictateur sans un minimum de consentement. 

  1. Personne ne gagne tout seul 

On obtient pas de victoire sans idéologie 

L’idéologie peut déjà exister ou on peut créer la nôtre et c’est quelque chose qui prend beaucoup de temps.

Chez LEDR, il a fallu 3,5 ans pour changer le nom de Link Humans en LEDR

Qu’est-ce qu’on peut retirer du combat pour le changement de nom de Link Humans ?

Pour réussir, il faut nouer des alliances.

Exemple chez LEDR, concernant le changement de nom 

  • Laurent ne veut pas changer le nom et il a un droit de veto sur les décisions.
  • Nicolas est donc allé voir toutes les personnes de l’entreprise une à une pour les convaincre une par une qu’elles sont pour changer le nom. Il s’assure donc chaque personne est avec lui

Conclusion

Tout le monde peut se lancer dans un combat

Voici les 6 leçons à retenir :

  1. Se donner un un objectif clair et choisir le bon : si on se trompe d’objectif, on se trompe de victoire
  2. Ne pas élaborer de plan sur la comète : ce sont les les événements qui s’enchaînent qui donne le plan à suivre. Il faut réagir aux événements et y être attentif
  3. Accepter de payer un prix. Aucun changement n’est gratuit (ex : discussion inconfortable, peur etc)
  4. Être impatiemment patient : faire les choses à court terme et monter une marche à la fois
  5. Parler dans une langue compréhensible : c’est à dire trouver la valeur de l’interlocuteur sur laquelle on peut l’accrocher. E communiquer en fonction de comment l’autre fonctionne
  6. Tricher, tricher et tricher. Ne pas prévoir de combat équitable. Frapper par surprise